Noire d'estaires-poussin-Mon Espace-Nature

Éleveur passionné par cette race de volailles depuis longtemps, je voudrais faire ici une mise au point au sujet de la « ré-apparition » de la poule Noires d’Estaires, certain diront que cette race de volailles avait disparu, je n’en suis pas convaincu….et je ne suis pas le seul à le penser.

Ce petit coup de gueule et ma réaction  résultent de l’existence d’un personnage qui pointe régulièrement  le bout de son nez  tous les 3 ou 4 ans environs sur les médias.

Ce dernier est apparu récemment sur une chaîne de télévision régionale, en disant qu’il est celui qui avait récréé la volaille Noires d’ Estaires.

Mensonge !!!

Une mise au point s’imposait… disais-je…

Pour ceux qui me connaissent vraiment bien, ils sont peu nombreux… je vous rassure, ils vous dirons de moi que je suis un réactionnaire et un râleur et bien oui, c’est pour cette raison que je vais restaurer en quelques lignes le passé de cette brave volaille qui peuplait jadis nos basses cour du Nord / Pas de Calais.

Elevage-Bernard Dupas-Mon Espace-Nature.fr

Elevage Bernard Dupas 

Cette volaille d’Estaires était très présente dans les campagnes et surtout dans les fermes voisines de La Gorgue, Merville et Estaires, elle était prisée par les restaurateur Lillois qui venaient faire leur emplettes au marché d’Estaires début des années 1900. Jusque là cette volaille très précoce, facile à nourrir et de chaire succulente et fine coulait des jours heureux dans notre belle région. Pourquoi a -t-elle disparu me direz-vous ? et bien c’est simple …il s’agit bien de l’offre et de la demande, une autre volaille a fait son apparition a cette époque sur le marché, il s’agissait de la Bresse Gauloise ou fameux poulet de Bresse, dont on vente encore de nos jours la qualité de chair. L’apparition du poulet de Bresse a eu l’effet escompté et notre brave volaille d’Estaires a quasiment disparue. Quelques éleveurs « dont je fais parti » ont essayé de recréer cette volaille au début des années 1980. Mais je ne vous parlerai pas de moi « restons modeste »….mais plutôt d’un éleveur amateur Bernard Dupas (actuel Président de la Société avicole de Cambrai) qui a laissé des écrits sur son travail. Ce homme très discret, connu des éleveurs de lapins est juge en cuniculture et il n’est pas rare de le rencontrer dans nos expositions régionales. Bernard Dupas nous laisse des traces de « sa recherche de l’Estaires » dans une revue papier . Cette revue très peu répandue et intitulée « le Conservatoire Avicole du Nord » qui était éditée dans les années 80 sous la forme d’un bulletin de liaison papier et c’est dans le bulletin numéro 12 du mois de Mars 1996 que Bernard Dupas nous décrit ses travaux intitulés

Coq Noir d’Estaires, élevage Didier Macrez exposition internationale de Pecquencourt 2017

« à la recherche de la poule Noire d’Estaires ».

En 1981   Bernard Dupas écrit ceci; La poule d’Estaires est considérée comme étant disparue, décidé de la re-constituer, j’achète un très beau coq Langshan très soigneusement choisi et j’accouple ce dernier avec deux poules Gauloises noires.

1982: De cette descendance je sélectionne quatre poulettes assez fortes, bien noires sans oreillons blancs que je mets en reproduction avec leur père. J’obtiens des sujets dont le type est très proche de la race Langshan, oeil noir, dos court et concave pattes emplumées. 1983: J’écarte les coqs et ne garde que quelques poulettes que j’accouple avec un coq Marans noir, ceci dans le but d’obtenir l’oeil orangé qui me fait défaut. Malheureusement la maladie de Marek décime toute cette production pourtant prometteuse.

Hiver 1995, élevage de Mr Bernard Dupas

 

1984:   Je repars avec de vieilles poules de 1982 et le coq Marans, je sélectionne les plus beaux sujets. En parallèle je recherche la trace d’une véritable Estaires…j’apprends qu’un éleveur et agriculteur habitant à Merville Mr Petipré est susceptible d’en posséder. Après avoir pris contact je lui achète un coq très vigoureux, le type est bon mais sa crête est très imparfaite et ses pattes ne sont pas emplumées.

1985:   Le coq de Mr Petipré me donne des sujets très vigoureux, par contre beaucoup de mauvaises crêtes et des coqs aux ailes « acajou ». Je cède quelques sujets à des éleveurs intéressés pour diffuser ma souche.

1986:   Je constitue deux parquets ( 1 coq + 4 poules) l’un avec le vieux coq, l’autre avec les meilleurs jeunes de l’année, j’élève alors une quarantaine de sujets.

1987:   J’élimine les vieux coqs et garde les trois meilleurs

Mai 1987, Elevage de Mr Bernard Dupas.

1988:   Je travaille maintenant en consanguinité mais j’obtiens enfin des sujets qui ressemblent à L’estaires. J’obtiens un premier prix à l’exposition avicole de Bully les Mines. J’échange alors des sujets avec d’autres éleveurs.

1989:   Bonne année pour les coqs car les yeux des coqs s’éclaircissent mais pour les poules le problème est plus difficile. La plupart des poules ont l’œil foncé et pour quelques unes l’iris est brunâtre.

1990:   J’expose un trio à l’exposition avicole de Cambrai, celui-ci obtient un premier prix.

1991/92:   Je travaille toujours avec deux parquets (1 coq-4 poules) les poules deux ans donnent pour la reproduction donnent toujours les meilleurs résultats; oeufs plus gros donc poussins plus vigoureux. D’autres parts les effets de la consanguinité se manifestent, je constate des défauts de doigts ( pied de canard,déviation) J’opère un tri sévère et ne garde qu’un seul parquet. Je me mets ensuite à la recherche d’un coq dans le but d’améliorer ma souche.

1993:   Avec janvier arrive l’épidémie de peste aviaire, la plupart des expositions sont annulées. Les services vétérinaires déconseillent les échanges d’animaux et je dois poursuivre la reproduction sans apport extérieur. Sur 34 sujets élevés je ne garde que 6 poules, le défaut des doigts imparfaits subsiste toujours.

1994:   Le hasard me fait sortir de la consanguinité, un éleveur m’apporte un très beau coq, assez lourd, avec une large poitrine, par contre les tarses ne sont pas emplumés. Je tente le croisement. Les sujets obtenus sont beaux, ils se développent très vite mais tous ont les tarses lisses.

1995:   J’ai gardé les filles de ce coq …ayant été occupé par d’autres races, je n’ai pas fait de reproduction pour l’Estaires. Il me reste environ 12 sujets que je garde pour l’année prochaine….

Pour conclure: De toutes ces années de travail, je retire les enseignements suivants, – Il faut une dizaine d’année pour reconstituer une race. – Il est essentiel d’élever un maximum de sujets – la consanguinité est une étape indispensable, elle doit faire l’objet d’un suivi et d’une sélection stricts. – Patience, persévérance et observation sont indispensables. – Il est illusoire de vouloir travailler seul. – Une collaboration avec d’autres éleveurs est capitale. NOTA : J’ai remarqué que concernant l’Estaires, il était nettement plus facile d’obtenir un œil orangé chez le coq que chez la poule.Chez celle-ci l’ œil est souvent brun foncé, voir noirâtre. Dans son  » traité d’Aviculture Sportive » le Professeur Brandt dit ceci  » La pigmentation noire et l’œil brun foncé sont influencés par un facteur héréditaire lié au sexe. IL suffit de faire la comparaison et on se rend compte que dans ce cas bien précis, les yeux sont toujours plus foncés chez la femelle que chez le mâle.

Voilà! ces images et propos, je les ai recueilli auprès de Bernard Dupas lui-même et du bulletin du 12 mars 1996 extrait de la revue intitulée   « Conservatoire Avicole du Nord »  je  remercie mon ami Bernard  pour sa collaboration.

Le but de cet article étant de mettre  en avant le travail d’un éleveur contemporain sans qui, la poule Noire d’Estaires serait certainement absente de nos expositions avicoles.

Il est évident qu’un seul individu ne peut se venter d’être « celui qui a recréé cette volaille » Bernard Dupas à largement contribué à sa conservation il s’agit bien là d’un travail qui doit être pris en considération  par ceux qui voudraient élever la Noires d’Estaires.

Avis aux amateurs !

Didier Macrez.