La Talève Sultane

La Poule Sultane ou Porpyrion bleu, par Séraphin Di Cristofaro

La Talève Sultane 1


Autres noms : Talève sultane Deutsch: Purpurhuhn · English: Purple Swamphen · Español: Calamón · Esperanto: Purpura porfirio · Français : Talève sultane · Italiano: Pollo sultano · Português: Caimão-comum ·

Nom latin : Porphyrio porphyrio
Ordre: Gruiformes • Famille: Rallidae • Genre: Porphyrio
• Espèce: Porphyrio porphyrio (Linnaeus, 1758)

Description.

Si l’on dit que l’ibis rouge est le plus coloré des oiseaux de parc, c’est peut-être uniquement vrai pour ceux qui n’ont jamais vu la merveilleuse poule sultane. En effet, si le rouge vif fait la beauté de l’un,  le bleu turquoise du cou et le bleu indigo du dessous du corps, fait la merveille de l’autre.  En outre, le rouge éclatant de la plaque frontale et des yeux, ainsi que le blanc immaculé du dessous de la queue, apporte un supplément coloré irréprochable à cet oiseau.   Nos amis Français seront heureux d’y découvrir les couleurs de leur bannière.  Les pattes sont longues et rouges.  Ces dernières se terminent par de longs doigts munis de griffes effilées. Les deux sexes sont identiques. Les juvéniles ont en général, un plumage gris ardoise bleuté, avec le cou la poitrine et le ventre de couleurs plus claires. Bien que les premières plumes bleutées apparaissent très tôt, elle conservera un aspect plus terne que l’adulte jusqu’à ce qu’elle atteigne la maturité sexuelle à l’âge de deux ans.

La Talève Sultane 2

Que nous dit Buffon de son étrange nom ?

« C’est apparemment en trouvant quelque ressemblance entre la poule et cet oiseau de rivage, bien éloigné pourtant du genre gallinacé, et en imaginant quelque supériorité sur la poule vulgaire, par sa beauté ou par son port, qu’on l’a nommée poule sultane ; mais le nom de porphyrion, en rappelant à l’esprit le rouge et le pourpre du bec et des pattes, était bien plus caractéristique et plus juste. » Donc, Buffon se fait plutôt l’avocat de l’emploi du nom Porphyrion, plutôt que de celui de  Poule sultane ; bien que celui-ci soit plus usuel de nos jours.  Aristote employait aussi le nom de Porphyrion en grec.

La Talève Sultane 3

A la recherche de l’oiseau de ses rêves.

La Poule sultane que l’on appellera désormais Porphyrion bleu, vit dans les régions marécageuses riches en eau. Sédentaire, l’oiseau bleu émigre si l’hiver est rude. Leur démarche est lente et majestueuse ; en soulevant une patte, ils referment aussi les longs doigts, pour les étendre à nouveau lorsqu’ils la posent. Je les vois souvent employer leurs longs doigts pour saisir un morceau de roseau, qu’ils portent  ensuite au bec. Un peu à la façon des perroquets, c’est assez curieux. Leur queue est en perpétuel mouvement, ils la soulèvent sans arrêt en marchand et montrent ainsi la blancheur éclatante de leur arrière train. C’est en sautant sur les plantes aquatiques ou même en courant sur l’eau qu’ils disparaîtront rapidement de votre regard curieux.  Pour cela, ils s’aideront de leurs rapides battements d’ailes. De nature craintifs, ils se cachent dans la végétation au moindre mouvement suspect. Ils n’aiment pas voler sur de grandes distances et en volière, ils passent le plus clair de leur temps perchés sur de hautes branches.  On peut en captivité les loger en compagnie d’autres oiseaux, faisans, colombes ou autres oiseaux de volière comme les merles métalliques, les agapornis ou d’autres espèces qui peuvent se défendre.   Ils deviennent vite calmes et il est très facile de les approcher voire même de les toucher.  C’est fou ce que l’on peut faire en leur apportant quelque friandise.  Ils ont vite fait de vous reconnaître et courent vers vous. Comme ce sont des oiseaux des marais, ils aiment nager et consomment pas mal de plantes aquatiques.  En captivité, il leur faut beaucoup d’eau qui soit propre.  Je dispose dans leur enclos plusieurs petits bassins en plastique noir remplis d’eau claire.  J’y ajoute fréquemment des poignées de lentilles d’eau dont ils raffolent.  Des roseaux et des joncs fraîchement coupés participent aussi à leurs occupations journalières.  Ils les décortiquent avec leur puissant bec.  Ils mangent aussi un mélange fait chez moi d’un quart de mélange tourterelles, d’un quart de mélange poule concassé, un quart de granulés pour canards et un quart de granulés pour canard marins riches en protéines.  Avec ce choix de nourriture, ils sont resplendissants.

Des reproductions en captivité ont déjà eu lieu. Comme pour beaucoup d’oiseaux, il faut en plus du facteur chance, bien s’en occuper, bien les nourrir et une tranquillité à toute épreuve. Dans la nature, le nid est une construction flottante, mais en captivité, ils pondent dans le coin de la volière, dans un creux bien protégé sous un massif, de trois à cinq œufs de couleur jaune roussâtre à tâches brunes et grises, de la taille des œufs de nos poulettes domestiques. Ils sont incubés par les deux parents pendant 28 jours. Les poussins ont le duvet bleu noirâtre et vont déjà à l’eau après une semaine. On leur ajoute à la pâtée pour dindonneau, des vers de farine de petite taille. Pour plus de sécurité, il vaut mieux confier les œufs et les jeunes à une poule naine, genre Nagasaki, qui mènera à bien l’incubation et l’éducation des jeunes Sultanes. Ces oiseaux sont sensibles l’hiver aux très grands froids.  Il leur faut un abri intérieur, avec une source de chaleur, sans quoi leurs longs doigts en subiraient les conséquences que vous savez.  Fini alors la possibilité de reproduction.   «  Protection vaut donc mieux que décoction » comme dit la maxime.

Quel est son cri ?

Je reprendrai ici la description qu’en fait Paul Géroudet dans son magnifique livre : Grands échassiers, gallinacés et râles d’Europe: « La force et la vivacité de cet oiseau remarquable s’expriment bien dans ses capacités vocales, que l’on entend surtout au crépuscule et à l’aube, mais aussi de nuit en concerts excités. Selon un enregistrement sonorités souvent étranges : cancanements retentissants, coups de trompette isolés ou répétés…. appels ascendants…en crécerelles dures, etc. Les ricanements et les appels peuvent avoir une tonalité humaine, notamment dans les crescendos plaintifs. »

La Talève Sultane 4

Conservation

La disparition de  son habitat naturel, qui menace sa population méditerranéenne; réduite à des fragments de ce qu’elle fut jadis, celle-ci court le risque de disparaître d’Europe, si l’on ne protège pas les derniers sites qu’elle occupe.  Cette relique vivante de l’influence africaine doit absolument être strictement protégé. En Europe, sa distribution s’étend à la péninsule ibérique, aux Baléares, à la Sardaigne et au delta de la Volga où elle atteint sa limite septentrionale. En France, la Talève sultane a fait son grand retour à partir de 1995 lorsque les premiers couples nicheurs ont été découverts en bordure de l’étang de Canet. Depuis, sa reproduction a été prouvée dans l’ensemble des départements côtiers méditerranéens jusqu’en Camargue. Cependant, sa survie est malheureusement intimement liée à la pollution par les insecticides et le plomb qui restent malgré tout une menace. L’augmentation de ses effectifs dans la partie nord de son aire de distribution ne saurait faire oublier sa raréfaction dans le sud de l’Espagne ou les effets du changement climatique contribuent fortement à l’assèchement des lagunes andalouses. En France cet oiseau reste exposé à un hiver particulièrement froid.