Le coq de Sonnerat d’après Sérafin Di Cristofaro

Mon expérience d’élevage avec le coq Sonnerat d’après Mr Sérafin Di Cristofaro

Mon expérience d’élevage avec le coq Sonnerat d’après Mr Sérafin Di Cristofaro

Etant éleveur de faisans rares depuis de longues années, j’avais toujours cru que les coqs sauvages n’étaient pas dignes de figurer dans une de  nos volières d’amateurs.  En effet, j’étais persuadé qu’il s’agissait là de simples poulets et qu’ils devaient être réservés aux amateurs de poules..

Combien mon opinion était fausse et loin de la réalité !  Il est bien connu que lorsqu’on ne sait pas, il vaut mieux ne rien dire.  Je me trouvais dans ce cas de figure, tout simplement parce que je n’en avais jamais vu !!

Celui qui a connu le grand éleveur allemand Dieter Arnolds et qui, comme moi, a pu visiter sa superbe collection de faisans d’ornement dans les années 80 (une des plus belles du continent), pourrait se demander pourquoi, il se mit soudainement à se passionner pour les coqs sauvages quelques temps après !

Eh bien, c’est parce qu’il tomba lui aussi sous le charme de ces oiseaux.

Tout comme lui, je les découvris pour la première fois au Vogelpark de Hanovre et ce fut le coup de foudre, surtout pour le coq vert et le Sonnerat. Par la suite, je pus les apprécier à leur juste valeur dans les superbes volières du parc de Clères du temps de Ciarpaglini et Hennache.  On pouvait voir évoluer le coq de La Fayette et de Sonnerat dans ces magnifiques volières du début du siècle passé : un régal!

Cependant, en acquérir n’était pas simple.  La reproduction était difficile et il fallait faire partie d’un Stud-book pour les détenir.  Les premiers à être servis étaient les parcs et s’il en restait, c’était pour les privés.  Parfois il y avait un mâle de disponible et pas de femelle, à d’autres moments, c’était l’inverse.  Cela ne vous encourageait pas trop.  Si bien que ce fut très tardivement que j’eus le bonheur de devenir l’heureux propriétaire d’un couple de coqs de Java et d’un couple de Sonnerat.  Il ne fait nul doute que ma longue présidence au sein de Phoenix et mon implication comme membre du CA de la WPA Benelux m’a un peu favorisé.  De ceci, je n’en fais pas mystère et je tiens ici à remercier mes amis Ludo Pinceel et Merlijn Van de Wittenboer pour leur aide précieuse.

A oiseaux merveilleux, volière merveilleuse.

Comme le sujet est le coq Sonnerat,  j’installai ce très beau couple dans une volière pas très grande, mais énormément bien plantée.  Le sol est recouvert d’une épaisse couche de sable du Rhin et de nombreux massifs de bambous poussant naturellement.  Deux ifs et quelques arbustes à feuilles caduques complètent leur habitat extérieur.  L’abri intérieur ne fait que 1,5m. sur 1,5m.  Je dois dire que malgré l’hiver rude que nous avons eu cette année, il ne fut pratiquement jamais employé.  Une lampe infra rouge était cependant allumée en permanence.  Je ne crois pas qu’elle ait servi, car le couple a toujours perché dehors dans l’épaisse végétation de bambous .

Cette année, mes oiseaux ont eu deux ans.

Au mois d’avril, je ne vis plus la femelle.  Lorsque je pénétrais dans leur enclos, le mâle poussait son cri caractéristique (que je ne peux pas décrire – il n’a rien à voir avec un cri de faisan, mais encore moins avec celui d’un coq domestique).  Ce cri était tellement fort que je ne pouvais pas rester très longtemps dans leur enclos.  Je découvris finalement la petite femelle Sonnerat dans une petite dépression en plein milieu d’un massif de bambous.  J’étais à peine à trente centimètres d’elle et je ne la voyais pas.  Immobilité parfaite et mimétisme parfait !  Autant le mâle lançait ses cris assourdissants pour attirer l’attention sur lui, autant la femelle était silencieuse et invisible.  Je me disais que ce devait sans doute en être ainsi dans la nature.  Durant toute l’incubation qui dura 24 jours, la femelle resta immobile sur ses œufs.  Combien ?  Je n’en savais rien, car je ne voulais pas la déranger.

C’est lors de l’éclosion que je vis qu’il n’y en avait que quatre.  Deux jeunes naquirent, les deux autres étaient clairs.  C’est vrai que les coqs sauvages pondent très peu d’œufs.

Ayant eu la mauvaise expérience avec les faisans Vo-Quy, de laisser les jeunes à leurs parents et de voir chaque jour un faisandeau disparaître dans l’estomac de je ne sais quel prédateur, je décidai de mettre à l’abri mes deux jeunes Sonnerat.  Quarante huit heures pour les attraper !!!   C’est comme cela lorsqu’il y a trop de plantations dans une volière.

La chose faite, je les plaçai dans une éleveuse classique avec treillis  sous les pattes et lampe chauffante au dessus.

La nourriture consista en poudre démarrage pour faisandeaux pendant deux premiers mois.  Un peu de verdure après un mois seulement.  Les jeunes ressemblent fort aux petits des faisans et poussent remarquablement bien.  Après 15 jours, ils commencent à voler et si vous ne couvrez pas votre éleveuse, vous ne les retrouverez plus à leur place, mais devrez les chercher dans votre cabanon.  S’il est bien fermé, sans doute les retrouverez-vous, sans cela, vous en ferrez votre deuil. Une bonne précaution serait sans doute de couper quelques plumes à une aile, pour les empêcher de voler.

Donc en résumé, une bonne volière où il fait bon vivre, une bonne nourriture pour faisans, une grande tranquillité  et beaucoup de patience : voilà les ingrédients pour avoir une réussite d’élevage.  On pourra alors dire de vous que vous êtes un bon éleveur.  Cependant, je n’ai jamais cru en cela ; car à part entourer vos pensionnaires  de beaucoup d’attention et essayer de recréer au maximum un bon biotope, avec une nourriture de qualité ; je ne vois pas ce que l’on peut faire de plus.  Ce n’est pas vous, qui êtes un « bon éleveur », mais votre couple.  Si vous avez un mauvais couple, aussi attentif que vous puissiez être, vous n’en obtiendrez de toute façon rien de bon.

Donc, en essayant d’appliquer tous ces conseils élémentaires, je ne crois pas qu’il faille être grand expert pour élever des espèces soi-disant difficiles.

Ce qui est sûr, c’est que les coqs sauvages de la jungle, sont des oiseaux merveilleux et qu’ils méritent leur place dans nos volières.  Ceci d’autant plus qu’ils sont rarissimes.

On  dénombrait il y a peu 31 éleveurs (ou plutôt détenteurs) de Sonnerat en Europe. Pour les coqs verts dont on fera un article une autre fois, on les compte sur les doigts d’une main.

Donc, si la beauté du Sonnerat vous a séduit, vous  pourrez sans doute aussi l’adopter et dire comme les anciens disaient : «dignus est intrare » ” il est digne d’entrer”.